Habitat partagé pour seniors : le Gouvernement lance sa feuille de route
📌 En résumé
En mai 2026, les ministres du Logement et de l'Autonomie ont annoncé le lancement d'une feuille de route conjointe pour développer l'habitat partagé en France. Ce plan préconise de doubler le parc existant pour dépasser 400 000 places d'ici 2040. Des fonds de la CNSA seront mobilisés dès 2026.
La feuille de route sera élaborée avec les acteurs du secteur dans les prochaines semaines et expérimentée dans plusieurs territoires pilotes avec l'appui de la Caisse des dépôts.
236 000 places d'habitat partagé aujourd'hui en France, deux fois plus à l’horizon 2040 : c'est l'objectif que s’est fixé le Gouvernement. Le 7 mai 2026, lors d'un déplacement à la résidence seniors CAZAM de L'Haÿ-les-Roses, les ministres du Logement, Vincent Jeanbrun, et de l'Autonomie, Camille Galliard-Minier, ont annoncé le lancement d'une feuille de route conjointe.
Mais entre l’effet d’annonce et la réalité budgétaire, ce plan suffira-t-il à répondre à l'ampleur du défi démographique ?
Un parc de logements adaptés insuffisant face au vieillissement de la population
L’habitat partagé regroupe les solutions de logement intermédiaire pour seniors, tels que les résidences autonomie ou l’habitat inclusif. Chaque résident y dispose d’un espace privé, tout en partageant des espaces de vie communs et certains services. Ce type de structure s’adresse aux personnes âgées souhaitant préserver leur autonomie tout en vivant dans un cadre convivial et sécurisant.
Cette offre alternative se heurte pourtant à un mur démographique. D’après l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économique), début 2024, les plus de 60 ans représentaient 27,7 % de la population française, contre 19,6 % en 1994. Les projections indiquent que la part des plus de 75 ans devrait passer de 10,4 % à 16,4 % d’ici 2050. Face à ce vieillissement accéléré, l'offre de logement intermédiaire –ni domicile classique, ni EHPAD– reste structurellement limitée.
Un rapport conjoint de l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) et de l'IGEDD (Inspection Générale de l'Environnement et du Développement Durable) remis aux ministres en mai dernier, met en lumière l’insuffisance de l’offre actuelle. Le parc d'habitat partagé compte aujourd’hui environ 236 000 logements : 112 000 places en résidence autonomie, environ 120 000 en résidence services senior et seulement 4 700 logements en habitat inclusif. Un volume dérisoire au regard des quelque 600 000 places en EHPAD (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) et unités de soins de longue durée (ULSD).
Sur le terrain, l’ambition politique se heurte pourtant à un paradoxe : le modèle des résidences autonomie, pourtant érigé en priorité publique, recule. Entre 2019 et 2023, le nombre de places a diminué de 2 % et celui des résidents de 6 %. Près de 450 résidences nécessiteraient une rénovation lourde d'ici 2040. Les rédacteurs du rapport appellent à « un soutien massif » pour préserver l'offre existante, évaluant le coût des travaux à 400 millions d'euros.
La feuille de route : des ambitions chiffrées, des moyens encore à préciser
Pour répondre à la crise, le rapport ministériel préconise de doubler le parc d'habitat partagé afin de dépasser les 400 000 places d’ici 2040, dont 120 000 places supplémentaires en résidences autonomie. Ce scénario intègre également l'ouverture de 48 000 nouvelles places en EHPAD –appelés à être rebaptisés « Maisons France Autonomie »– pour absorber la grande dépendance.
La feuille de route calque ses ambitions sur ces recommandations. Elle prévoit le déploiement de solutions accessibles dans le parc privé comme social, avec une attention portée à la simplification des démarches des porteurs de projets. Sur le plan financier, les fonds de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) seront mobilisés dès cette année, bien qu'aucun montant précis n'ait été spécifié lors de l'annonce officielle.
Un accompagnement ciblé sera expérimenté dans plusieurs territoires pilotes avec l'appui de la Caisse des dépôts et consignations. L’objectif est d’épauler les élus locaux dans la définition d'une loi de programmation pluriannuelle déclinée à l'échelle locale dès 2026.
En parallèle, le ministre du Logement rappelle que MaPrimeAdapt' a permis d'adapter 36 000 logements en 2025 pour un budget de 220 millions d'euros, avec un objectif de 41 000 logements supplémentaires en 2026 (248 millions d'euros).
Quelles démarches pour les seniors et leurs proches ?
L’habitat partagé se décline en plusieurs modèles. Chacun répond à des profils de perte d'autonomie bien distincts. Avant d'engager des démarches, une évaluation de la situation avec un professionnel de santé ou un travailleur social s'impose.
- Résidences autonomie : Ces structures à vocation sociale, qualifiées auparavant de foyers-logements, accueillent des personnes âgées autonomes ou en légère perte d'autonomie pour des tarifs modérés.
- Résidences services seniors : Ce type de logement privatif propose des services à la carte (restauration, animations, gardiennage) à la charge du résident.
- Habitat inclusif : Il s'agit de petits ensembles de logements pour personnes âgées ou handicapées favorisant un projet de vie sociale partagé. L'Aide à la vie partagée (AVP), versée par le conseil départemental, en finance l'animation.
- Cohabitation intergénérationnelle solidaire : Ce dispositif permet à un senior de louer une chambre à un jeune en contrepartie d'une présence ou de menus services.
Pour identifier la solution adaptée, plusieurs interlocuteurs de proximité peuvent vous orienter : le CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) de votre commune, le (Centre Local d'Information et de Coordination) ou les services sociaux départementaux. La plateforme officielle Pour les personnes âgées répertorie l'ensemble de l'offre et des tarifs par territoire.
La future feuille de route devrait apporter plus de lisibilité à cette offre. En attendant sa mise en œuvre concrète, la pression démographique et les besoins des seniors les plus vulnérables continuent de progresser.