Retraites : Serge Papin propose de geler les pensions de plus de 3 000 €
📌 En résumé
Le déficit du système de retraite s’aggrave, dans un contexte de baisse de la natalité et de surveillance budgétaire européenne renforcée. Le ministre du Pouvoir d’achat, Serge Papin, propose de désindexer les pensions de retraite supérieures à 3 000 € bruts de l’inflation et de réorienter les économies générées vers un allègement de la CSG pour les jeunes actifs.
Présentée comme une forme de solidarité transgénérationnelle, cette mesure reste pour l’heure à l’état d’idée, sans texte législatif ni calendrier défini.
Le financement des retraites est de nouveau sous tension. Baisse de la natalité, déficit revu à la hausse par le Conseil d'orientation des retraites (COR), pression maintenue par Bruxelles : la situation budgétaire se complique. C'est dans ce climat que le ministre du Pouvoir d'achat, Serge Papin, a lancé une proposition visant les retraités les plus aisés : ne plus revaloriser les pensions de plus de 3 000 € bruts en fonction de l’inflation, et réaffecter les économies générées pour baisser la CSG des jeunes actifs.
Faut-il geler les pensions élevées pour soulager les jeunes actifs ?
Le financement des retraites fragilisé
La France compte 17,3 millions de retraités, avec une pension moyenne de 1 705 € bruts, d’après la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques). Pourtant, l’équilibre du système se fragilise. L’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) enregistre une baisse de la fécondité à 1,56 enfant par femme et projetée à 1,45 d’ici 2028, réduisant mécaniquement le nombre de futurs cotisants.
Le COR, dans son projet de rapport annuel 2026, a relevé sa prévision de déficit des retraites : de 1,4% à 2,4% du PIB en 2070. À moyen terme, la trajectoire reste stable (0,2% en 2030, 0,9% en 2045). Le rapport ne valide pas pour autant l’idée de laisser les dépenses échapper à tout contrôle.
La Commission européenne maintient quant à elle la pression. Début juin, elle a épinglé la suspension de la réforme des retraites, tout en rappelant que les dépenses de pensions représentent 14,6% du PIB, pour un âge effectif de départ de 62,2 ans.
La proposition de Serge Papin : geler les retraites au-dessus de 3 000 €
Invité de Sud Radio le 29 mai 2026, Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, a plaidé pour une « solidarité transgénérationnelle ». Âgé de 70 ans, il estime appartenir à une génération « qui a eu plus de chance ». Sa proposition repose sur deux volets :
- Désindexer les pensions de plus de 3 000 € bruts : ces retraites ne seraient plus revalorisées chaque année en fonction de l’inflation.
- Réduire la CSG des jeunes : les économies ainsi générées serviraient à baisser, voire supprimer, la CSG sur leurs salaires.
Serge Papin a justifié sa proposition en affirmant que les revalorisations de retraites sont principalement épargnées plutôt que consommées ou investies. Le ministre estime que les retraités visés par la mesure seraient probablement prêts à l’accepter, à condition qu’elle entraîne rapidement une hausse des salaires des jeunes actifs.
Quels retraités sont concernés par le gel de leur pension ?
Avec une retraite moyenne de 1 705 € bruts, la grande majorité des retraités ne serait pas concernée. Le seuil de 3 000 € ciblerait les 10 % de pensions les plus hautes, soit environ 1,7 million de personnes.
Ce seuil ne vise pas seulement les retraités avec des pensions très confortables. Il concerne aussi des profils ayant cotisé longtemps : un fonctionnaire de catégorie A en fin de carrière atteint près de 2 850 € de pension de base, et un cadre du privé dépasse souvent 3 000 € avec sa complémentaire Agirc-Arrco. Le critère retenu vise donc autant les longues carrières bien rémunérées que les pensions les plus élevées.
La piste n'est pas nouvelle : un gel des retraites du régime de base, envisagé dans le budget 2026 pour environ 3,6 milliards d'euros d'économies, avait été rejeté par le Parlement. La proposition de Serge Papin reste pour l’heure au stade d'ébauche : aucun texte ni calendrier ne la porte, et le seuil comme l'âge des « jeunes » bénéficiaires restent à préciser.