Épargne retraite : pourquoi les Français mettent de plus en plus de côté ?
La crainte d’un niveau de pension jugé insuffisant pousse de plus en plus de Français à préparer activement leur retraite, bien au delà des seuls seniors. Malgré la suspension de la réforme des retraites en octobre 2025, la confiance dans le système par répartition reste fragile et nourrit un réflexe d’anticipation financière.
Ainsi, le dernier baromètre Odoxa pour Groupama montre que les efforts d’épargne pour préparer sa retraite atteignent un niveau inédit en 2025.
Une montée en puissance de l’épargne retraite
Face à un avenir jugé incertain, les Français ont progressivement modifié leurs comportements. Un non retraité sur deux déclare avoir déjà commencé à préparer sa retraite, dont 28 % « financièrement », soit une hausse de 5 points en un an. Au total, 65% des futurs retraités ont mis en place au moins un dispositif (livret, résidence principale, assurance vie, épargne salariale ou retraite professionnelle…) pour financer leurs vieux jours.
Parmi ceux qui préparent leur retraite financièrement, le budget moyen atteint 260 € par mois, contre 210 € en 2018, soit une hausse de 25 % en 7 ans. Surtout, ce montant est 75 % plus élevé que celui déclaré par les retraités dans une enquête de 2021 (148 € par mois), ce qui illustre la montée en puissance de l’effort d’épargne dans les générations plus jeunes.
Cette prudence s’explique aussi par la lucidité sur le niveau de pension attendu : seulement 11 % des non retraités pensent que leur pension représentera 80 % à 100 % de leur dernier salaire, quand 56% anticipent un niveau compris entre 50 % et 80 % et 32 % en dessous de 50 %.
Quels placements pour préparer sa retraite ?
Pour sécuriser cet avenir incertain, les épargnants se tournent vers des valeurs sûres, privilégiant la sécurité et le rendement à long terme. Trois solutions se détachent nettement dans les stratégies patrimoniales, aux côtés de l'épargne sur livret ou compte d’épargne (30 %) et l'accès à la propriété de sa résidence principale (28 %) :
- L'assurance-vie : Elle reste l’option préférée pour 23% des personnes sondées. Appréciée pour sa flexibilité et sa fiscalité avantageuse lors de la transmission, elle permet de faire fructifier un capital tout en restant disponible en cas de coup dur ou de perte d'autonomie.
- Le Plan Épargne Retraite (PER) : Ce produit gagne du terrain chez les actifs en fin de carrière (15%). Il permet de déduire les versements de son revenu imposable, un atout majeur pour les seniors dont la tranche d'imposition est souvent élevée avant la retraite.
- L'immobilier papier (SCPI) : L'investissement locatif sans les soucis de gestion séduit de plus en plus. Il répond à un besoin de revenus réguliers complémentaires pour compenser une pension jugée trop faible.
Entre soulagement politique et fracture sociale
L'actualité politique récente, marquée par la suspension de la réforme de 2023, a provoqué des réactions contrastées. Si une majorité de Français accueille cette pause avec soulagement, elle ne dissipe pas l'angoisse de fond. L'âge de 64 ans est désormais psychologiquement intégré comme un seuil minimal de départ.
Beaucoup anticipent déjà de futurs durcissements législatifs. Pour près de six Français sur dix, l'âge légal pourrait même être repoussé au-delà de 66 ans à l'avenir. Cette perspective renforce la conviction qu'il faut compter avant tout sur soi-même pour sécuriser ses vieux jours.
Cependant, cette course à l'épargne masque de profondes inégalités. L'effort financier demandé pèse lourdement sur le quotidien des ménages les plus modestes. Pour beaucoup, cette sécurité se paie au prix de privations sur les loisirs et la qualité de vie.
- Les 20 % les plus aisés parviennent à épargner plus de 1 300 € par mois.
- Les foyers modestes ne mettent de côté qu'une trentaine d'euros en moyenne.
- Cette épargne forcée par l'anxiété pèse sur la consommation globale et la croissance.
La préparation de la retraite devient ainsi un marqueur social majeur. Si la volonté d'anticipation est partagée par tous, la capacité réelle à se protéger reste très inégale selon les revenus.