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Faut-il mobiliser l'épargne des retraités pour financer la dépendance ?

Rédaction : Claire Viel - Mise à jour : 17 février 2026 à 14h37

Temps de lecture estimé à : moins d'une minute

Épargne retraite

Le vieillissement de la population française engendre des défis financiers majeurs. Pour financer le coût croissant de l'autonomie et de la transition écologique, certains experts, comme les économistes Jean Pisani-Ferry ou Thomas Piketty, proposent de mobiliser le patrimoine des seniors, jugé particulièrement élevé. L’idée de ponctionner cette épargne « dormante » suscite une levée de boucliers chez les retraités.
L’enjeu réside dans la recherche d’un équilibre entre solidarité nationale et protection d’un capital qui, pour de nombreux aînés, fait office de filet de sécurité face aux aléas de la vie.

 

Une épargne concentrée chez les seniors

Le patrimoine des seniors est aujourd'hui une cible privilégiée pour les décideurs. Selon l'INSEE (enquête Patrimoine 2021, mise à jour en 2024), les ménages âgés de 50 à 79 ans détiennent environ 60 % du patrimoine brut national – fruit d’une vie de travail face au contexte de vieillissement démographique. Certains économistes y voient une ressource clé pour financer le grand âge, d'autant que les Français ont continué de mettre massivement de côté fin 2025.

On note un taux d’épargne brute de 22 à 26 % chez les plus de 70 ans, contre 6 à 10 % pour les moins de 30 ans. Ce capital est majoritairement composé d'immobilier (environ 60 % des actifs). Cet écart générationnel reflète des parcours de vie contrastés : les seniors épargnent massivement pour anticiper dépendance et transmission, tandis que les jeunes, aux revenus plus modestes et à l’emploi précaire, consomment pour vivre.

En s'attaquant à certaines niches fiscales, comme celles du Plan Épargne Retraite (PER) dont le coût annuel est estimé à 1,8 milliard d'euros par la Cour des comptes, les pouvoirs publics cherchent des marges de manœuvre budgétaires sans toucher directement aux comptes courants des retraités.

Pourtant, ces chiffres masquent de profondes inégalités. Si le patrimoine net moyen des sexagénaires est de 350 000 €, la médiane se situe à 250 000 €. Les 10 % de seniors les plus modestes possèdent moins de 10 000 €, ce qui rend toute remise en cause des avantages fiscaux particulièrement sensible pour la classe moyenne.

 

Chiffres clés de l'épargne par tranche d'âge 👇

Tranche d'âge  Taux d'épargne Patrimoine net moyen Part immobilier
 Moins de 30 ans 8-10 %  Entre 50 000 et 120 000 € 30-40 %
De 50 à 64 ans  18-20 %  Environ 370 000 €  60-70 %
De 65 à 69 ans  18 %  Environ 350 000 €  65 %
70 ans et plus  24-26 %  Environ 340 000 €  60 %

 

 

Entre protection et équité intergénérationnelle

Pour un retraité, l'épargne n'est pas un luxe, mais une assurance face à la perte d’autonomie. Face à l'augmentation des frais de santé et au coût élevé de la dépendance (EHPAD, aide à domicile), conserver un capital disponible est primordial pour les plus âgés. Toucher à cette réserve génère une angoisse profonde, car elle représente le dernier rempart pour vieillir sereinement.

La question de la transmission constitue un autre point de friction majeur. Le désir de soutenir financièrement ses enfants et petits-enfants reste l’un des principaux moteurs de l'épargne senior. Toute mesure perçue comme une spoliation du patrimoine familial est vécue comme une rupture du contrat social, alimentant un sentiment d'injustice chez ceux qui ont cotisé toute leur vie.

Plutôt que la contrainte fiscale, il existe des alternatives basées sur le volontariat et l'incitation. Plusieurs solutions permettent de mobiliser le capital sans léser les épargnants :

  • Le viager solidaire : À la différence du viager classique entre particuliers, il permet de vendre son bien à un organisme d'intérêt général pour obtenir un capital et une rente sécurisés, sans pari sur le décès, afin de financer son maintien à domicile
  • Les donations anticipées : Encourager fiscalement le transfert d'argent vers les jeunes générations pour stimuler la consommation.
  • Le prêt hypothécaire : Débloquer des liquidités garanties par la valeur du logement pour financer des travaux d'adaptation.
  • L'optimisation du PER : Transformer le capital en rente viagère sécurisée, avec déblocage exonéré d’impôt en cas d’invalidité/frais médicaux graves, pour éviter la double peine fiscale tout en préservant la retraite.

 

La pédagogie reste le levier le plus efficace pour mobiliser une épargne financière dont les encours restent records fin 2025 selon la Banque de France.

En informant mieux sur les dispositifs de prise en charge (APA, MaPrimeAdapt’) et en sécurisant les parcours de soin, l’État pourrait réduire cette épargne de précaution sans passer par des mesures coercitives. Le débat reste ouvert, mais il nécessite une approche nuancée qui respecte le parcours de vie de chacun.

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