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Canicules et logement : comment mieux construire les villes de demain

Rédaction : Claire Viel - Mise à jour : 01 octobre 2026 à 08h21

Temps de lecture estimé à : moins d'une minute

Pour un habitat résilient et évolutif

📌 En résumé

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 28 septembre 2026, l’économiste urbain Édouard Dequeker et l’architecte Alireza Razavi estiment que l’adaptation des villes au réchauffement climatique dépend moins des solutions techniques que de l’organisation des projets. Ils dénoncent une commande dominée par le prix et des bâtiments conçus sans capacité d’évolution.
Les deux auteurs proposent quatre changements dans la manière de construire les villes, ainsi qu’un rapprochement des formations aux métiers de la construction.

 

Alors que les canicules s’intensifient, la conception des bâtiments doit anticiper les épisodes de chaleur à venir. Des solutions techniques existent, mais leur mise en œuvre reste difficile. Dans une tribune publiée dans Le Monde, Édouard Dequeker et Alireza Razavi attribuent ces blocages moins à la technique qu’à l’organisation des projets, à la commande et à la formation des professionnels.

 

Construction : une commande encore dominée par le prix

Pour adapter durablement les villes au réchauffement climatique, les projets doivent pouvoir intégrer les usages, les évolutions du climat et les contraintes du terrain. Or la commande, publique comme privée, « s’organise autour du prix, du délai et de la conformité, plutôt que de l’usage et de la durée ». Menée en janvier 2023 pour la chaire d’économie urbaine de l’ESSEC, une étude montre que les cabinets d’ingénieurs interrogés évaluent le poids du critère du prix à 60 % ou 70 % dès la première phase de candidature, puis à 90 % lors de la seconde.

Les auteurs identifient un second blocage, qu’ils jugent « proprement français » : la séparation entre la maîtrise d’ouvrage, qui programme, commande et finance le projet, et la maîtrise d’œuvre, chargée de le concevoir et d’en suivre la réalisation. Séparer trop nettement la conception d’un projet et sa réalisation laisse peu de place aux ajustements nécessaires en cours de chantier.

La conséquence la plus coûteuse concerne le manque d’évolutivité des bâtiments. Les effets de la canicule de juin 2026 en donnent un exemple concret : le 21 juin, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé la fermeture de 845 écoles et collèges dès le lendemain, tandis que 1 800 autres établissements aménageraient leurs horaires. « Un projet qu’on ne peut plus corriger est un projet déjà daté », résument les deux auteurs.

 

Quatre propositions pour repenser les projets de construction

Pour concevoir des bâtiments capables de s’adapter aux évolutions du climat et des usages, Édouard Dequeker et Alireza Razavi proposent de revoir la manière dont les projets sont définis, attribués et suivis. Les deux signataires avancent quatre pistes :

  • Faire intervenir les concepteurs dès le départ : les associer à la définition des besoins, du programme et des contraintes du projet.
  • Suivre le projet jusqu’à sa livraison : confier aux concepteurs une mission qui se poursuit jusqu’à la réception et prévoir des bâtiments capables d’évoluer avec les usages et le climat.
  • Faire primer la compétence sur le prix : sélectionner les équipes pour leur savoir-faire, et non pour l’offre la moins chère.
  • Adapter les projets aux réalités locales : privilégier la transformation des bâtiments existants lorsque celle-ci est plus pertinente que la reconstruction.

 

Les auteurs plaident également pour un rapprochement des formations. Ingénieurs, gestionnaires, architectes et urbanistes sont aujourd’hui formés séparément et« savent rarement coproduire ». Ils souhaitent que les professionnels puissent plus souvent exercer à la fois des fonctions de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre.

Si la tribune ne traite pas spécifiquement du vieillissement, son analyse peut être rapprochée des enjeux liés à l’avancée en âge. Les logements construits aujourd’hui devront répondre aux modes de vie de leurs occupants pendant plusieurs décennies, alors que leurs besoins et les conditions climatiques sont appelés à évoluer. Concevoir des logements capables d’évoluer peut donc aussi contribuer à anticiper le vieillissement et la perte d’autonomie.

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