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Désindexation des retraites : pourquoi le gouvernement remet le gel des pensions sur la table

Rédaction : Claire Viel - Mise à jour : 17 août 2026 à 15h33

Temps de lecture estimé à : moins d'une minute

Gel des pensions 2027

📌 En résumé

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a rouvert le débat sur une désindexation partielle des pensions de retraite pour le budget 2027. Objectif : faire contribuer les retraités les plus aisés au redressement des finances publiques, dans un contexte de vieillissement de la population et de tensions budgétaires.
Aucun seuil n’est encore arrêté, et la mesure suscite déjà des réactions contrastées à l’approche de la présidentielle.

 

Dans un entretien à Libération, Roland Lescure a rouvert mi-août l’hypothèse d’une désindexation partielle des pensions de retraite sur l’inflation dans la perspective du budget 2027.
Déjà évoquée au printemps par Serge Papin, cette piste pose à nouveau la question de la contribution des retraités les plus aisés au redressement des comptes publics.

 

Le gel partiel des pensions revient dans le débat budgétaire

Dans un entretien accordé à Libération le 13 août, Roland Lescure a remis sur la table l’hypothèse d’une contribution accrue des retraités les plus aisés. « La question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée », a-t-il déclaré, tout en assurant vouloir préserver les retraités les plus modestes.

Ce n’est pas sa première prise de position sur le sujet. Dès le 30 juillet, sur France Inter, le ministre évoquait déjà l’indexation des prestations sociales sur l’inflation comme un levier d’économies. Le lendemain, sur Sud Radio, David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, adoptait un propos similaire.

Le sujet n’est d’ailleurs pas nouveau au sein du gouvernement. Dès le mois de mai, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises Serge Papin avait proposé de désindexer les pensions supérieures à 3 000 € par mois, excluant de fait les petites retraites de la mesure.

 

Un budget sous pression face au poids croissant des retraites

Le vieillissement de la population pèse directement sur les comptes publics. Selon le ministère de l’Économie, la charge des retraites devrait s’alourdir de 12 milliards d’euros en 2027, sous l’effet combiné de l’inflation et du vieillissement démographique.

À elle seule, l’indexation des pensions sur l’inflation –attendue autour de 2 % l’an prochain– représenterait un coût de 6 milliards d’euros pour les finances publiques en 2027. C’est ce montant que le gouvernement cherche en partie à contenir en relançant l’idée d’une désindexation ciblée.

Toucher aux pensions reste pourtant un exercice à haut risque politique, à quelques mois de la présidentielle. Trois épisodes récents illustrent la sensibilité du sujet :

  • François Bayrou : son projet d’« année blanche » pour 2026, qui prévoyait le gel des pensions et de plusieurs prestations sociales, a fragilisé son gouvernement, renversé après le rejet de sa demande de confiance à l’Assemblée nationale.
  • Michel Barnier : sa proposition plus modérée, un report de six mois de la revalorisation des retraites, a largement contribué à la censure de son gouvernement.
  • Sébastien Lecornu : pour le budget 2026, son gouvernement avait tenté de geler les pensions afin de dégager 3,6 milliards d’euros d’économies, une mesure finalement rejetée par le Parlement.

Conscient de ce précédent, Roland Lescure appelle déjà à l’adoption d’un budget rigoureux, afin d’éviter que chaque amendement ne devienne un argument de campagne pour les candidats à la présidentielle.

 

Aucun montant arrêté et des réactions contrastées

Pour l’instant, aucun seuil ni taux n’est fixé. Un scénario hybride serait à l’étude : gel total de l’indexation pour les pensions les plus élevées, taux intermédiaire pour les pensions médianes, et maintien d’une revalorisation complète pour les petites retraites.

Selon la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), fin 2020, 8,1 % des retraités touchaient une pension de droit direct supérieure à 3 000 € bruts par mois, soit environ 1,38 million de personnes, contre 63,7 % entre 1 000 et 3 000 € et 28,3 % en dessous de 1 000 €. Fin 2023, le montant moyen de la pension de droit direct s’établissait à 1 666 € bruts.

Le député Daniel Labaronne (EPR), vice-président de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, résume le mécanisme envisagé par la majorité : une sous-indexation pour les pensions les plus confortables et une désindexation totale pour les plus élevées.

Toutes les voix ne convergent pas. L’ancien commissaire européen Thierry Breton a jugé la piste très mauvaise : « Je pense qu’il ne faut pas toucher aux retraites », a-t-il déclaré, estimant qu’il ne serait pas acceptable de faire payer les retraités tout en renonçant à la réforme des retraites.
À l’inverse, le député socialiste Jérôme Guedj, dans une tribune publiée par L’Opinion, n’a pas fermé la porte à une sous-indexation, à condition qu’elle s’inscrive dans un effort plus large touchant aussi les héritages et les niches sociales des entreprises.

Sur le terrain, les avis des retraités eux-mêmes divergent tout autant. Un ancien dentiste d’Antibes, potentiellement concerné par la mesure, y voit une façon équitable de répartir l’effort national. Une ancienne fonctionnaire, elle, dénonce « un scandale », estimant que « tout le monde est pris à la gorge ».
Les arbitrages définitifs sont attendus à la rentrée, dans le cadre du projet de budget 2027.

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