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Journée de solidarité : à quoi servent les milliards collectés ?

Rédaction : Claire Viel - Mise à jour : 02 juillet 2026 à 10h54

Temps de lecture estimé à : moins d'une minute

Journée de solidarité et financement autonomie

📌 En résumé

Née de la canicule de 2003, la journée de solidarité a rapporté environ 3,36 milliards d'euros en 2026, versés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Ces recettes financent les EHPAD, l'aide à domicile, l'APA et l'accompagnement du handicap, sans qu'aucune loi n'ait jamais fléché cet argent vers la climatisation intégrale des établissements.
À l'heure des canicules à répétition, l'AD-PA conteste l'usage d'une partie des fonds et réclame bien plus qu'une seule journée.

 

Chaque été de canicule ravive la même question. Depuis vingt ans, les Français travaillent un jour de plus sans être payés : où vont les milliards d’euros censés protéger nos aînés ? Alors que la France vient de traverser l’une des vagues de chaleur les plus intenses jamais mesurées, le dispositif né du drame de 2003 revient sur le devant de la scène. Entre financements bien réels et promesses inachevées, décryptage.

 

Une réponse politique au traumatisme de 2003

À l'été 2003, une canicule exceptionnelle provoque la mort d'environ 15 000 personnes en France, en majorité des personnes âgées isolées. La surmortalité de cet épisode fait reculer l'espérance de vie des femmes pour la première fois depuis les Trente Glorieuses.

Dans ce contexte, le gouvernement crée une journée de travail supplémentaire non rémunérée afin de financer la prise en charge de la perte d’autonomie. Le principe est inscrit dans la loi du 30 juin 2004 et appliqué à partir de 2005, généralement le lundi de Pentecôte.

Une réforme de 2008 a assoupli le dispositif : les entreprises peuvent désormais choisir un autre jour que le lundi de Pentecôte. Depuis le 1er avril 2013, les retraités imposables sont eux aussi mis à contribution.

 

3,36 milliards en 2026 : qui paie et combien ça rapporte

Le dispositif repose sur deux prélèvements complémentaires. Les employeurs versent une contribution de solidarité pour l'autonomie (CSA) équivalente à 0,3 % de leur masse salariale brute. Ce même taux s'applique aussi à certains revenus du capital.

Depuis 2013, les retraités et invalides imposables s'acquittent, quant à eux, de la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (CASA), soit 0,3 % de leurs pensions.

Lors de la première année, en 2005, la journée avait rapporté 1,95 milliard d'euros. En 2026, elle aurait généré environ 3,36 milliards d'euros selon les chiffres annoncés. Depuis sa création, la contribution cumulée des salariés et des retraités dépasse les 36 milliards d'euros.

 

À quoi sert concrètement l'argent collecté par la CNSA

Les recettes alimentent la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), dont le budget global atteint 42,4 milliards d'euros en 2025. La journée de solidarité n'en constitue qu'une composante : la branche autonomie est également financée par une fraction de la CSG et d'autres taxes. Selon la CNSA, l'intégralité des recettes issues de cette journée est consacrée à la politique de l'autonomie.

Dans les faits, cet argent finance une partie du coût de fonctionnement des structures et des aides individuelles. Parmi les principaux postes :

  • EHPAD et soignants : financement d'une partie des personnels et du fonctionnement des établissements.
  • Aide à domicile et APA : l'Allocation Personnalisée d'Autonomie permet notamment de financer une aide à l'autonomie.
  • Handicap : Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) et Prestation de Compensation du Handicap.
  • Répit des aidants : plateformes d'accompagnement et de soutien aux proches aidants.

 

La CNSA finance aussi la modernisation du bâti. Selon la Caisse, plus de 800 projets de rénovation d'EHPAD (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) ont été soutenus entre 2021 et 2024, pour 7,7 milliards d'euros de travaux, dont 1 milliard de subventions–. Elle indique aussi avoir financé 1 057 projets dédiés au confort thermique entre 2021 et 2022.

 

La climatisation des EHPAD, une polémique récurrente

À chaque vague de chaleur, la même accusation revient : cet argent aurait dû servir à climatiser les maisons de retraite. La réalité est plus nuancée. La journée de solidarité n'a jamais eu pour objectif légal la climatisation intégrale des bâtiments : la loi de 2004 vise le financement de l'autonomie, sans préciser les équipements.

Il serait toutefois inexact d'affirmer qu'elle n'a pas servi à rafraîchir les établissements. Depuis 2005, le code de l'action sociale et des familles impose aux EHPAD d'aménager au moins une pièce équipée d'un système fixe de rafraîchissement de l'air. Le lien avec la climatisation existe donc, mais il reste indirect.

Face aux étés de plus en plus chauds, la CNSA indique avoir mobilisé une enveloppe exceptionnelle de 49 millions d'euros en 2025 pour des aménagements rapidement déployables : ventilateurs, climatiseurs mobiles et petits travaux de confort.

 

L'AD-PA dénonce des milliards « détournés » et réclame bien plus

Pour l'Association des Directeurs au service des Personnes Âgées (AD-PA), une partie des fonds n'atteint pas sa destination. L'association estime que des milliards d'euros ont été prélevés sur les ressources de la CNSA en vingt ans, notamment via le gel de la réserve prudentielle : chaque année, l'État met de côté une part du budget pour faire face à d’éventuels dépassements, mais cette somme n’est pas toujours restituée en fin d’exercice.

Ce gel de crédits, contesté par les organisations de professionnels et de familles, atteindrait 215 millions d’euros en 2026 selon ces mêmes organisations. Dès 2010, le directeur de l'AD-PA Pascal Champvert dénonçait dans la presse le fait qu'« on trompe les salariés et retraités, à qui on demande de verser de l'argent pour les personnes âgées et handicapées ».

Alors qu'un débat renaît sur l'opportunité d'une seconde journée de solidarité, l'AD-PA juge la mesure très insuffisante et appelle à un effort bien plus ambitieux pour l'accompagnement du grand âge. André Lardeux, rapporteur de la loi au Sénat en 2004, le reconnaît lui-même : « À l'époque, je disais déjà qu'une journée n'était pas suffisante. »

Pour les familles concernées, la première porte à pousser reste locale : le CCAS de la commune, le conseil départemental ou un point d'information France Services pour connaître les aides mobilisables au titre de l'autonomie.

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