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Rédaction : Carole Carries - Mise à jour : 30 août 2019 à 14h37

Introduction

La maladie d’Alzheimer se manifeste par différents troubles cognitifs et comportementaux. Si les pertes de mémoire constituent les symptômes les plus caractéristiques, la pathologie affecte également le comportement ainsi que les émotions du patient. Comment reconnaître ces troubles ?

Les troubles cognitifs d’Alzheimer

Définition : Un trouble cognitif est le terme médical pour désigner la dégradation de l’ensemble des fonctions intellectuelles et comportementales d’un patient.

Si les pertes de mémoire sont une conséquence naturelle du vieillissement, il faut toutefois s’inquiéter de la combinaison de plusieurs symptômes cognitifs ou comportementaux qui peuvent être évocateurs d’un début de maladie d’Alzheimer.

 

Troubles de la mémoire

L’amnésie lié à Alzheimer –trouble le plus connu– se caractérise par des difficultés de mémoire précoce. La personne oublie ce que l’on vient de lui dire après quelques minutes, répète souvent la même chose, repose les mêmes questions et ne retient pas les réponses apportées. L’individu oublie régulièrement ce qu’il doit ou ce qu’il est en train de faire, perd la mémoire des noms et des dates. Épisodiques dans un premier temps, ces amnésies deviennent de plus en plus fréquentes. Un autre signe révélateur est la perte d’un souvenir récent ou l’oubli d’une activité réalisée seulement quelques heures ou quelques jours auparavant.

Si la mémoire épisodique est rapidement touchée par la perte des informations récentes, la mémoire à long terme est quant à elle préservée pendant un certain temps. Le malade a tendance à faire référence à des souvenirs anciens remontant à l’époque où il était autonome. Au fil du temps, avec la progression de la maladie, les souvenirs disparaissent, le patient devient incohérent, confondant les lieux et personnes et ne reconnaissant plus ses proches.

Il existe également d’autres systèmes de mémoires qui interagissent ensembles avec chacuns leurs spécificités :
La mémoire de travail ou à court terme permet de stocker et de manipuler des informations pendant un court laps de temps comme la réalisation d’une tâche immédiate. Constamment sollicitée dans les activités quotidiennes, comme une recherche d’information, un raisonnement, la compréhension d’une lecture, c’est une mémoire fragile et vite altérée qui entraîne de réelles incapacités dans la vie courante.

La mémoire sémantique stocke les informations sur de longues durées et accumule l’ensemble des connaissances sur le monde et le langage. Les personnes atteintes d’Alzheimer ne trouvent plus les mots justes, les remplacent par des équivalents et sont incapables d’identifier ou de nommer des objets usuels, des animaux ou des personnes.

La mémoire prospective ou des intentions permet de se souvenir des actions à réaliser dans le futur. L’altération de cette mémoire peut avoir des conséquences graves sur le quotidien (oubli des prises de médicaments, des rendez-vous, de planifier des projets…).

La mémoire procédurale aussi connue comme « mémoire du corps » concerne les automatismes et les gestes appris sans l’intervention des compétences cognitives –pratique du vélo, d’un instrument de musique, conduite d’un véhicule…–. Mémoire à long terme, elle demeure préservée longtemps, même à un stade avancé de la maladie.

 

Troubles du langage

L’aphasie est un trouble du langage qui empêche une expression orale correcte et/ou une compréhension de propos oraux ou écrits.

En début de maladie, les patients parlent peu et éprouvent des difficultés à trouver les mots, même simples, qu’ils remplacent par d’autres termes équivalents, des pantonymes –truc, machin, bidule…–, des onomatopées –euh– ou encore des expressions génériques –vêtement pour robe par exemple–.

À un stade plus avancé, les symptômes s’aggravent. Le malade emploie des mots très éloignés ou qui n’existent pas. De nombreuses périphrases interviennent dans son discours.

En fin de maladie, le discours tant qualitatif que quantitatif s’appauvrit et devient parfois incohérent au fil du temps. Le vocabulaire se réduit progressivement.

Si la compréhension orale est préservée au début, la personne peut malgré tout avoir des difficultés à suivre les conversations ou à saisir des paroles rapides. La lecture et l’écriture sont également conservées au début mais au fil du temps, le patient ne comprend plus ce qu’il lit et n’arrive plus à orthographier correctement les mots. La maladie d’Alzheimer entraîne de véritables troubles de la communication liés à la perte du sens des mots mais aussi à une diminution de la faculté de concentration. Le malade éprouve le plus grand mal à exprimer ses besoins tant matériels qu’émotionnels.

 

Troubles des gestes

L’apraxie est l’incapacité à exécuter certains gestes quotidiens malgré des fonctions sensorielles intactes. Ce sont des gestes, appris tout au long de notre vie, que l’on oublie peu à peu. En devenant moins habile, le malade éprouve plus de difficultés à réaliser les actions nécessitant une coordination motrice. Impactant lourdement la vie quotidienne, ces troubles gestuels entraînent une forte sollicitation de l’entourage.

Il existe différents types d’apraxie dans la maladie d’Alzheimer :
L’apraxie bucco-faciale affecte la motricité de la bouche, de la langue et des muscles faciaux et se traduit par une incapacité à souffler, siffler ou tirer la langue. Les gestes réflexes comme la mastication ou la déglutition sont cependant conservés.

L’apraxie idéatoire touche la capacité à manipuler des objets et des outils. La personne rencontre des difficultés à utiliser des objets nécessitant des mouvements complexes comme un ouvre-boîte, une télécommande, un couteau à éplucher, une paire de ciseaux… ou simplement pour réaliser des tâches courantes comme se raser, se brosser les dents, se laver…

L’apraxie de l’habillage survient généralement en fin d’évolution de la maladie et se traduit par des difficultés à orienter et à enfiler correctement ses vêtements, à faire ses lacets, boutonner sa chemise…

L’apraxie idéomotrice correspond à une impossibilité d’effectuer volontairement des gestes simples de la vie quotidienne sur commande alors même qu’ils peuvent toujours être réalisés spontanément –mimer, saluer quelqu’un de la main–.

 

Troubles de la reconnaissance de personnes ou d’objets

L’agnosie est un trouble de la reconnaissance de certains types d’informations lié à l’interprétation des informations transmises par la vue, l’ouïe et le toucher.

Même si la mémoire sensorielle n’est pas intacte, les organes des sens fonctionnent normalement. Plusieurs signes dans la vie quotidienne du malade d’Alzheimer font état d’une agnosie :

  • une incapacité à reconnaître certains membres de l’entourage proche –prosopagnosie– mais aussi son propre visage qu’il ne reconnaît plus dans la glace,
  •  une incapacité à identifier des sons ou des bruits familiers –musique, voiture…– et le langage parlé –agnosie auditive–,
  • une incapacité à voir ou identifier un objet par le toucher –agnosie tactile–,
  • une incapacité à nommer les couleurs –agnosie visuelle–,
  • une incapacité à localiser un objet dans l’espace –agnosie spatiale–. Les patients ne peuvent par exemple pas désigner l’objet le plus petit, le plus proche ni en estimer l’éloignement…

 

Troubles dans l’exécution des tâches quotidiennes

Au stade premier de la maladie, l’individu conserve l’autonomie de certaines tâches de la vie courante comme les courses, le jardinage, le bricolage et participe aux activités familiales sans que sa condition ne soit manifeste. Petit à petit, les activités liées à l’environnement quotidien requérant coordination motrice et dextérité deviennent difficiles à réaliser : lacer ses chaussures, se coiffer, faire le ménage, les courses, préparer les repas, utiliser son téléphone, son véhicule, gérer son budget, jardiner, prendre ses médicaments…

Les tâches les plus simples comme la toilette, l’habillage, la prise de repas… se révèlent particulièrement complexes à effectuer. Il devient parfois difficile pour la personne de se souvenir comment se rendre à un endroit familier.

Alzheimer progressant, le patient arrive de moins en moins à accomplir seul les gestes du quotidien. Il doit alors accepter sa perte d’autonomie et d’être pris en charge par ses aidants.

 

Troubles de l’orientation spatio-temporelle

La désorientation spatio-temporelle concerne la difficulté à s’orienter dans le temps et l’espace. Le malade perd la faculté de se situer dans une temporalité. Il n’a plus conscience de l’année, du jour ou même de l’heure. Distinguer le jour de la nuit devient difficile. Les moments des repas ou du coucher deviennent confus, ce qui conduit à l’oubli de s’alimenter ou de dormir.

Le malade est désorienté dans des endroits qui lui étaient familiers même à son propre domicile. Il peut se perdre dans son quartier, ne plus retrouver son chemin, ni se rappeler à quel moment il est parti de chez lui.

 

Altération du jugement et du raisonnement

La perte de jugement d’une situation donnée et le manque de logique peuvent aboutir à des erreurs lors de la prise de certaines décisions. Il devient difficile au malade d’effectuer ses formalités administratives, de gérer son budget, de faire ses courses… Cela peut entraîner des achats en quantité insuffisante ou excessive ou encore au retrait de grosses sommes d’argent sans raison aucune.

Ces troubles ne permettent plus de s’adapter à des événements imprévus ou nouveaux, ni de trouver des solutions aux problèmes quotidiens familiaux et/ou professionnels.

 

Troubles des fonctions exécutives

Les fonctions exécutives regroupent l’ensemble des processus dont nous avons besoin pour nous adapter face à des situations nouvelles, c’est à dire des situations inhabituelles tant sur le plan social et/ou professionnel. Ce sont elles qui organisent notre pensée et nos actions et nous aident à résoudre les problèmes plus ou moins complexes du quotidien.

Les perturbations de ces fonctions, fréquemment observées dans la maladie d’Alzheimer, comportent une altération des capacités décisionnelles, d’organisation, de planification et de mise en œuvre d’une action, du contrôle de l’attention, d’anticipation, d’adaptation aux changements, de flexibilité mentale ou de capacité de raisonnement, de prise de décision…

Ces fonctions sont donc essentielles pour mener une vie de façon autonome d’où la nécessité de les stimuler dès le départ et les activités quotidiennes sont une source de stimulation cognitive importantes.

Les troubles du comportement pour Alzheimer

La maladie d’Alzheimer n’impacte pas seulement la mémoire mais entraîne également des troubles comportementaux, peu fréquents au stade précoce de la maladie, qui s’aggravent progressivement au point de se répercuter sur la qualité de vie et l’état de santé de l’entourage. Ils sont, pour beaucoup, responsables du placement des malades en hôpitaux ou institution spécialisée.

On distingue quatre grandes catégories de désordres :

 

Les troubles comportementaux

Les désordres comportementaux regroupent l’instabilité, l’agitation et parfois une agressivité verbale –cris, injures– ou physique dans 6 à 22 % des cas. On note aussi un repli social et familial et parfois une désinhibition qui apparaît notamment, chez les malades atteints de lésions cérébrales du lobe frontal. Le patient profère des propos maladroits, impolis voire grossiers, exécute des gestes déplacés ou des actes d’exhibitionnisme.
Des comportements moteurs anormaux font également jour : une déambulation ininterrompue, des mécanismes compulsifs –déplacement continuel d’objets, habillage et déshabillage, comptage à haute voix…–, des gestes répétitifs –balancement des pieds, tripoter les boutons…–, des cris répétitifs –hurlements, plaintes–…

 

Les troubles affectifs

Certains troubles de l’humeur comme une apathie ou une perte de motivation peuvent être interprétés à tort comme de la paresse. On peut également constater, à l’inverse, une euphorie débordante mais aussi une dépression associée à de l’anxiété, une instabilité ou une tendance à l’irritabilité.

 

Les troubles psychotiques

Des troubles psychotiques peuvent survenir avec des délires parfois accompagnés d’hallucinations visuelles, auditives ou cénesthésiques –perception pénible de sensations anormales au niveau du corps–, des idées fixes délirantes de jalousie, de persécution –vol, préjudice…–, de sentiment d’abandon par sa famille, de non reconnaissance d’un membre proche de la famille.

Le sommeil est fréquemment perturbé par l’inversion du rythme jour nuit. Le malade dort trop en journée et déambule la nuit. Il peut également présenter des angoisses crépusculaires à la tombée de la nuit, provoquant anxiété, agressivité ou confusion.

Certains troubles alimentaires peuvent provoquer chez le patient une perte d’appétit accompagnée d’un amaigrissement mais peuvent également résulter sur une suralimentation, le patient mangeant plusieurs fois dans la journée car il oublie qu’il vient de se nourrir.

Le trouble sphinctérien débute par une incontinence urinaire nocturne pour devenir, au fil du temps, constante.

Le trouble sexuel souvent modéré, demeure au stade du désintérêt plutôt que de l’hyperactivité.

 

Comment expliquer ces troubles comportementaux ?

Plusieurs explications sont avancées pour expliquer ces troubles et notamment la présence de lésions dans les régions cérébrales impactant le comportement. Toute modification du quotidien et de son environnement –hospitalisation, intervention chirurgicale, changement de personnel soignant…– ou de lieu –déménagement, voyage– peuvent déstabiliser le patient qui –confus, agité– verra ses troubles s’intensifier.

La survenue de maladies (déshydratation, infections, rétention d’urines…) et l’utilisation de médicaments (neuroleptiques) sont sources de modifications neuropsychiatriques entraînant agitation, agressivité et insomnie. L’attitude parfois inadaptée de l’entourage peut également déclencher des réactions psychologiques qui conduise le malade à devenir irritable ou soupçonneux.

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