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Habitat & Sécurité

Enquête : Les seniors mal préparés à la perte d’autonomie

Rédaction : Claire Viel - Mise à jour : 05 octobre 2021 à 09h20
Etude Bonjour senior sur l'adaptation du logement

Face au vieillissement de la population, les acteurs de l’âge et les pouvoirs publics ont compris l’importance de repenser les politiques de prise en charge du grand âge. À la lumière de la crise sanitaire et de ses conséquences dans les structures médico-sociales, de nombreuses voix se sont élevées pour sortir du modèle du « tout EHPAD » et soutenir le maintien à domicile. Le Gouvernement a donc décidé de prendre un « virage domiciliaire » afin de respecter le souhait d’un grand nombre de Français : celui de vieillir à domicile. Jean Castex, dans ses annonces du 23 septembre en faveur du grand âge et de l’autonomie a évoqué un « immense chantier d'adaptation des logements » et a souligné la nécessité de rénover 425 000 logements pour 1,7 millions de personnes en perte d’autonomie.

Afin de saisir le point de vue des premiers intéressés, Bonjour senior, en partenariat avec Solutions terrain, a interrogé 800 seniors sur leur niveau d’autonomie, leur budget logement, l’accessibilité de leur domicile ou encore leur regard sur l’EHPAD (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes).

 

Un parc de logement qui nécessite d’être adapté au vieillissement

Plusieurs constats font jour dans notre étude. Globalement bien portants (82,25 % de seniors se considèrent en effet complètement autonomes), il apparait que les plus de 65 ans n’anticipent ni les situations de dépendance ni l’adaptation de leur logement. Malgré une image globalement négative des EHPAD et un habitat trop souvent mal agencé et peu accessible (baignoire dangereuse à enjamber, chambre située à l’étage, volets difficiles à actionner…), les seniors semblent se sentir peu concernés par les questions d’accessibilité ou de sécurité de leur lieu de vie. 59,25 % des plus de 65 ans interrogés considèrent en effet que leur logement est adapté au vieillissement. Pourtant, dans les faits, on constate généralement que de nombreux aménagements sont nécessaires afin de pouvoir vieillir à domicile en toute sécurité.

Ainsi, en 2016, dans le cadre des débats autour de la loi sur l'adaptation de la société au vieillissement, le Gouvernement notait que « 6 % seulement des logements sont adaptés à la vie quotidienne de personnes en perte d’autonomie, et 450 000 chutes ont lieu chaque année, dont 62 % à domicile. » Réduire de 30 % le nombre de chutes mortelles des personnes de plus de 65 ans d’ici 2030, c’est d’ailleurs l’une des propositions phares du rapport de Luc Broussy « Nous vieillirons ensemble » sur lequel s’est appuyé Jean Castex pour étayer ses mesures sur le grand âge. Ainsi l’annonce de la création de MaPrimAdapt’ pour soutenir l’adaptation du logement début 2022 devrait permettre d’adapter 425 000 logements d’ici 2022.

Il apparait en effet primordial de réfléchir l’accessibilité de son domicile avant la survenue de la perte d’autonomie ou d’un accident. Agir dans l’urgence se révèle souvent problématique, car il est nécessaire d’anticiper ses projets afin d’évaluer la situation, d’examiner les différentes options et de monter les dossiers de financement.

 

Un budget sous-évalué pour l’adaptation du logement

Faute d’avoir réfléchi la question et de s’être renseigné sur le sujet, peu de seniors, parmi ceux que nous avons interrogés ont une idée du budget nécessaire pour améliorer l’accessibilité ou la sécurité de leur domicile. Ainsi, 72,82 % des seniors n’ont aucun ordre d’idée du budget à investir pour adapter leur logement. Parmi ceux ayant répondu à la question, le budget envisagé est souvent modique. 64,29 % de ceux-ci souhaitent investir moins de 2 000 €. Pourtant, le coût d’une adaptation lourde du logement est généralement conséquent. Le prix de l’installation d’un monte-escalier varie en moyenne entre 4 et 8 000 €, remplacer sa baignoire par une douche sécurisée à l’italienne coûte environ 5 000 €.

Si de nombreux dispositifs permettent d’aider à financer les travaux d’adaptation, les plus de 65 ans manquent d’information sur ces sujets. 54,5 % seulement des personnes interrogées savent qu’elles peuvent bénéficier d’avantages fiscaux tels que le crédit d’impôt ou la TVA réduite (pourtant accessibles à tous les contribuables seniors qu’ils soient imposables ou non). La Cour des comptes l’a souligné en 2019, les aides des caisses de retraite gagnent également à être connues et sont trop peu sollicitées des assurés. 52,5 % des personnes interrogées seulement savent qu’elles peuvent être aidées par la CNAV ou la MSA par exemple. Et même lorsque les personnes sont informées, les dispositifs pour en bénéficier sont souvent lourds et complexes et ne couvrent pas suffisamment les frais engagés. Jean Castex le reconnaissait lui-même le 23 septembre dernier, il s’agit d’un « parcours du combattant ».

 

Un regard lucide mais désenchanté sur les EHPAD

L’image des seniors sur les EHPAD est partagée. Ainsi, 33,25 % des seniors indiquent porter un regard positif –voire très positif pour 3,5 %– sur ce type de structure. Au contraire, 22,25 % expriment un regard négatif ou très négatif. Toutefois, les plus de 65 ans restent globalement lucides sur l’intérêt de ce type d’institution et jugent, pour 41 % d’entre eux, l’EHPAD comme un « mal nécessaire ». Ils ne sont toutefois que 31,25 % à considérer cette solution pour eux-mêmes en cas de lourde perte d’autonomie et seulement 28,75 % à l’envisager pour un de leurs proches.

Depuis le début de la crise sanitaire, 41,25 % des seniors interrogés affirment par ailleurs que leur regard sur ce type de structure d’accueil s’est dégradé. C’est le manque de moyens et de personnel qui est pointé du doigt par 38,01 % des plus de 65 ans, une expérience personnelle pour 19,46 % , l’isolement social lié aux mesures sanitaires pour 15,84 % et le nombre de décès en lien avec la Covid-19 pour 13,57 % des sondés.

Le modèle actuel de l’EHPAD nécessite d’être repensé afin de faire face au défi démographique. Une réflexion a d’ores-et-déjà été entamée par de nombreux acteurs du secteur. C’est le cas par exemple de Luc Broussy dans son rapport « L’EHPAD du futur commence aujourd’hui » ou encore de la ministre déléguée chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, avec une consultation pour renommer les EHPAD. De son côté Jean Castex a promis l’embauche de 10 000 nouveaux soignants d’ici 2025 pour renforcer les équipes.

 

Retrouvez les résultats de notre enquête

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